Genes: une temoignageby - 06.03.2004 18:42 Bolzaneto / Alessandria 20.07
Voici une témoignage d'une femme détenue d'Alessandria arrêtée le 20 juillet pendant la manif...
Valérie VIE, 35 ans J'ai été arrêtée Piazza DANTE, vendredi 20 juillet à 14 heures, par un corps d'hommes armés, casqués, protégés de boucliers. Ils m'ont traînée à l'écart de la manifestation, des regards et des médias qui étaient présents Piazza DANTE. Là ils m'ont remise aux mains d'une dizaine d'hommes en civil qui m'ont ordonné de monter dans une voiture banalisée. Devant leur nombre, leur violence verbale et gestuelle et l'agressivité évidente qui émanait d'eux, je me suis couchée au sol et j'ai demandé une personne parlant français, un avocat, et des papiers justifiant qu'ils étaient bien de la police. Les premiers coups sont tombés, ils m'ont plaqué la tête au sol et menotté les mains dans le dos en me donnant des coups de bottes. Ils m'ont maintenue dans cette position durant une trentaine de minutes. Je les entendais crier « niente fotos !, niente fotos ! ». Ils m'ont fouillé et vidé mes poches par terre. Soudain ils m'ont attrapé et demandé d'entrer dans la voiture. J'ai revendiqué : qu'on m'ôte les menottes, que l'on m'explique, que l'on me montre des papiers justifiants que je devais leur obéir. Ils m'ont saisie violemment à 5 et forçaient à entrer dans la voiture. J'ai résisté, crié, appelé à l'aide en m'aggripant à un panneau de signalisation. Un homme est arrivé. Une discussion entre eux, en italien, a débuté. Cela a duré. Soudain, la voiture banalisée a démarré, une voiture de police avec cellule blindée à l'arrière a pris sa place. Une policière en est sortie, les 5 hommes m'ont re-attrapée a bras le corps, et la femme m'a frappée au visage de toutes ses forces. Sonnée, j'ai malgré tout tenté de me débattre et d'appeler à l'aide, en vain. J'ai été emmenée dans un commissariat où une quarantaine d'hommes armés en uniforme, avec gilet pare-balle, matraque et gant nous attendait. J'ai subi un premier interrogatoire où j'ai dit que je ne parlais pas italien et que je demandais un avocat. Le commissaire m'a tendu un dossier et m'a demandé de signer. J'ai répété que je ne comprenais pas l'Italien et que je demandais un avocat. J'ai été jeté en cellule. Ils m'ont obligée à me tenir debout, jambes écartées, la tête et les paumes de mains contre le mur. A ma droite, j'entendais une toute jeune fille qui pleurait et semblait terrorisée. J'ai chuchoté « tu parles français ? », elle n'a pas eu le temps de me répondre, le policier a ouvert la grille en hurlant et m'a secouée dans tous les sens en hurlant en italien. J'ai compris, bien-sûr qu'il ne voulait pas que je parle. Chaque policier différent avait sa position de prisonnier préférée et l'exigeait en hurlant. Assis, debout, contre le mur, de profil etc... Durant les 12 heures qui ont suivi, on est venu régulièrement me chercher pour me questionner et me demander de signer des textes en italien. J'ai toujours refusé de signer et sur chacun des papiers, ils ont inscrit « si rifiuta ». J'ai été menacée, traitée d'intégriste, de communiste, de rouge. Lors d'un des interrogatoires musclés, un policier m'a montré les photos de mes enfants sur mon passeport et dans son français a dit» c'est dommage, la mamma en prison si no firma (tr : si elle ne signe pas ) tu ne veux plus voir tes enfants ? ». J'ai dit que je préférais la prison, que de signer ce que je ne comprenais pas uniquement parce qu'il l'exigeait. Il m'a fait comprendre que je n'étais pas prête de sortir de prison, parce qu' « en Italie les intégristes, on les traitait comme ça. ».J'ai répété que je ne signerais que si on me traduisait le texte, il m'a attrapée par les cheveux, frappée à l'épaule et rejetée en cellule. Durant toutes ces heures passées au commissariat, j'ai observé chacun d'entre eux. Tous ont frappé de leurs poings gantés, de leurs pieds, avec leur matraque, avec des casques sur les prisonniers. S'ils ne frappaient pas, ils hurlaient dans l'oreille, ils insultaient, menaçaient de mort, terrorisaient. Jamais un détenu n'a été déplacé autrement qu'en étant jeté, jamais il n'a été frappé par un seul policier ; ils se mettaient toujours à plusieurs et chacun d'entre nous a dû traverser plusieurs fois, un long couloir où s'alignaient les policiers pour nous tabasser. Dans ce commissariat, peut-être dans d'autres également, durant la journée du vendredi 20 juillet 2001 et la nuit qui a suivi, les manifestants arrêtés ont subi des tortures physiques et psychologiques sans interruption, sans avoir été entendu, sans avoir rencontré qui que ce soit capable de leur expliquer quoi que ce soit, sans savoir pour la plupart pourquoi ils étaient là. Valérie VIE - prison de Alessandria- 21.07.01. http://www.aarrg.org/index2.html
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